Gilles Tremblay
Levées

Gilles Tremblay est né en 1932 à Arvida, au Québec. De 1949 à 1954, il a étudié au Conservatoire de Montréal. En 1952, sa rencontre à New York avec Edgar Varèse le marquera profondément. De 1954 à 1961, il poursuit ses études à Paris avec Yvonne Loriod et au Conservatoire national supérieur de Paris dans la classe d’Olivier Messiaen. C’est pendant cette période qu’il fait un stage au Groupe de Recherche musicale de l’ORTF dirigé par Pierre Schaeffer et qu’il rencontre entre autres, Boulez, Stockhausen, Xenakis et Cage. À son retour, il s’engage à fond dans la vie musicale tant par ses œuvres que par son enseignement au Conservatoire de Montréal, et par sa collaboration avec plusieurs institutions — dont la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) —, tant nationales qu’internationales. En 1972, il séjourne plusieurs mois en Extrême-Orient, notamment en Corée, à Java, et à Bali.

La recherche est une des préoccupations primordiales de son œuvre, notamment par l’importance accordée aux phénomènes acoustiques des résonances naturelles; les «mobiles», les «réactions-réflexes», des laps de temps où l’auteur utilise des «durées-souffles», des «durées-résonances», des «durées-archets». Ces différentes formes de durées constituent des éléments d’élargissement de la trame sonore. Mais au-delà de toutes ces techniques, l’essentiel se résume en un seul mot: poésie.

Parmi ses oeuvres, mentionnons quelques titres évocateurs: …Le sifflement des vents porteurs de l’amour…; Fleuves; Les Vêpres de la Vierge; AVEC, wampum symphonique; L’arbre de Borobudur; L’espace du cœur (Miron-Machaut); Les pierres crieront; L’infiniment petit; Chants convergents (Ansari, Hillesum, d’Avila).

Levées (création)
Pour quatuor de saxophones

Pour ce qui se lève, pour ce qui se déploie.

Ce quatuor de saxophones, écrit à la demande de Quasar, se divise en trois parties, enchaînées les unes aux autres :

Bouillonnement floral.
Transition et Chant.
Éclats.

Le bouillonnement floral est partagé entre chaque instrument , d'où émergent quatre branches : alto, soprano, ténor, puis au baryton dont le grave se transforme en « son fendu » , un cri donnant naissance à des jubilations mélodiques réciproques et en permutations. Ces jubilations sont alternées avec les bouillonnements transposés sur eux-mêmes (comme l'ébullition qui change de vitesse selon le degré de chaleur). Elles se développent (levées) en séquences de plus en plus importantes. La dernière, écourtée et conclusive, bifurque immédiatement dans la seconde partie, lente, par un unisson expressif inspiré   de Monteverdi.

Il est formé d'une Transition où, à travers le déploiement mélodique lent, on entend un aspect inusité du saxophone : des « sons nuages » d'une grande douceur poétique. Ce prélude prépare un Chant expressif, grande phrase de plus en plus intense, jusqu'au déchirement conduisant aux :

Éclats. Cette troisième partie est formée de cellules courtes, et véloces comme des cristaux aux facettes multiples, aux angles, registres, transpositions et permutations variés. Tout cela pour obtenir une jubilation de plus en plus exultante. Organiser un désordre. Vertige.

On peut y distinguer cinq sections :

1)Présentation en deux réseaux.
2) « Jubilus »   par permutations; petite cadenza.
3)Hoquet I .  Jubilus avec dialogue de registres opposés., de longueurs variables.Cadenza.
4)Hoquet II .Complément du hoquet I. Encore plus exultant.
5)Rappels : exclamations, élisions, jeux de réflexes, sons nuages; le son fendu (en cri conclusif) unifie chacune des parties.

Dédicace :

À mon frère Alain et Indira, pour les couleurs, les bouillonnements floraux et céramiques.

À la mémoire du philosophe et ami Daniel Charles.

Aux membres de Quasar : Marie-Chantal Leclair,Jean-Marc Bouchard, Mathieu Leclair, André Leroux

Gilles Tremblay (Janvier 2009)

Création le 19 février 2009 dans le cadre de MNM 2009.

 

 



Levées
En concert à St.John's 02/2010