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Simon Martin
Projections libérantes
Musique d'art
Simon Martin (1981 - ) est diplômé du Conservatoire de musique de Montréal (2006). Finaliste du prestigieux prix Jules-Léger (2008), sa musique a été interprétée au Canada, aux États-Unis, en Suède et en Allemagne en plus d’avoir été diffusée par CBC Radio 2 et Espace musique. Fondé sur la réflexion critique et philosophique, son art vise la représentation poétique – symbolique – d’une conciliation entre l’homme et la matière. www.simonmartin.ca
« Vivre selon la concupiscence essentielle : l’esprit désire la matière. Coïncider avec cette incomplétude foncière, avec cet absolu de souffrance et d’instabilité : nous définir par ce voyage lancinant dont nos veines nous intiment l’obscure direction. Souffrir, pour tout réconcilier.»
- Paul Chamberland
Musique d'art (2011)
Pour quatuor de saxophones
S’ajoutant aux nombreux domaines déjà étudiés par la philosophie (langage, éthique, science, être en tant qu’être, histoire, etc.), la musique d’art pourrait être considérée comme la philosophie du son. Tout créateur de musique répond, souvent de façon inconsciente, à des questions de nature philosophique (que sont le bruit, le son, la musique? ; Quels liens le son entretient-il avec le temps? ; Que sont le rythme, la pulsation, la durée? ; Quel devrait être notre rapport au son (jouissance pure, code social, prescription morale, contemplation mystique, ambiance, accompagnement à la danse)? ; etc.). Dans ce contexte, la musique d’art se caractériserait comme le résultat d’une réflexion critique visant à rendre l’ensemble de ces questions conscientes, puis à leur trouver des réponses conséquentes à une démarche.
Pour moi, l’écriture musicale représente un lieu de conciliation entre l’homme et la matière. Une fois le territoire de chacun bien délimité, le son apparaît comme une vibration mécanique quantifiable par la physique et tout le reste comme arbitraire et contingent. Ces contingences – qui conduisent le compositeur au choix arbitraire du matériau et de sa mise en forme – sont fonction de la physionomie (nature) de l’oreille et de son conditionnement (culture), de même que de la psychologie du sujet et des désirs qui en découlent (interprétation, expression, rémunération, séduction, etc.). Quant à la finalité de la musique d’art, elle est d’ordre symbolique : l’œuvre s’interprète en tant que représentation poétique.
Simon Martin, Montréal, 30 septembre 2010
Commandée par Quasar, Musique d'art a bénéficié du soutien financier du Conseil des arts du Canada.
Projections libérantes (2007)
Pour quatuor de saxophones
Cette composition vise à rendre hommage à Paul-Émile Borduas, un des fondateurs de la modernité — et de la liberté! — artistique québécoise. Deux œuvres de Borduas ont orienté mon travail de façon particulière: le texte Projections libérantes, publié en 1949, ainsi que la peinture Composition 69, trouvée sur le chevalet de l’artiste à sa mort en 1960.
Composition 69 est une œuvre qui s’impose au premier regard: la quasi totalité de la toile est recouverte par de massifs empâtements noirs qui s’imbriquent jusqu’à en constituer un mur de charbon luisant. Au haut du mur, et à travers quelques fissures, on perçoit encore un peu de blanc, sorte de vide cosmique. Il me semble que ce soit vers cet infini que le peintre s’est projeté, qu’il s’est libéré pour et par l’éternité. D’ailleurs, Borduas termine par cette phrase le texte Projections libérantes: «Vous y avez mis fin [Borduas fait référence à son enseignement à l’École du meuble, école de laquelle il a été congédié l’année précédente.], soit! mais je défie aucun pouvoir d’en effacer le souvenir et l’exemple.» (Paul-Émile Borduas. Écrits I, édition critique par André-G Bourassa, Jean Fisette et Gilles Lapointe, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 1987, p 479.)
Pour ma composition, j’ai travaillé presque exclusivement avec des sons dits «multiphones». Ceux-ci sont obtenus par des doigtés et des pressions d’embouchures inusités. Le son est ainsi fractionné, fendu pourrait-on dire: il devient distortionné et «multiple». J’ai considéré ces phénomènes comme des blocs pouvant être superposés et juxtaposés, inspiré en-cela par les empâtements de Composition 69. Aussi, en musique, la sonorité des sons multiphones, au même titre que la couleur noire en peinture, peut apparaître en certains cas comme du «bruit», du brouillage d’information. Pourtant, à l’instar de Borduas, j’ai tenté de traiter cette matière de façon spécifique et je l’ai déployée selon une structure formelle rigoureuse; structure de laquelle se dégage, néanmoins, une certaine expressivité.
Je remercie l’ensemble Quasar pour son indispensable collaboration.
Projections libérantes a été composée à l’hiver et à l’été 2007 et a été créée le 6 avril 2008 par Quasar à La Chapelle à Montréal dans le cadre de la série Voyages Montréal / New York. Projections libérantes est une commande de l’ensemble Quasar avec le soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ).
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