Simon Martin
Projections libérantes

Né en 1981, Simon Martin complète un baccalauréat auprès d'Éric Morin en 2004, puis une maîtrise sous la direction de Serge Provost en 2006 au Conservatoire de musique de Montréal. Ses oeuvres d'étudiant lui ont mérité trois prix de la Fondation SOCAN. En 2008, il est finaliste du Prix Jules-Léger de la nouvelle musique de chambre pour l'oeuvre Icebergs et Soleil de minuit - Quatuor en blanc . L'année suivante, il fait partie des quatre compositeurs canadiens de moins de 35 ans qui, sélectionnés par concours, reçoivent une commande de l'Ensemble contemporain de Montréal+ en vue de participer à la tournée canadienne Génération 2010. Sa musique a été interprétée dans plusieurs villes à travers le Canada ainsi qu'à l'étranger, en plus d'avoir été diffusée sur les ondes de CBC Radio 2. Compositeur agréé au centre de musique canadienne, ses activités de compositeur sont régulièrement soutenues par le Conseil des Arts du Canada ainsi que par le Conseil des arts et des lettres du Québec. Il est président de la société de concert Codes d'accès. www.simonmartin.ca

Projections libérantes (2007)
Pour quatuor de saxophones

Cette composition vise à rendre hommage à Paul-Émile Borduas, un des fondateurs de la modernité — et de la liberté! — artistique québécoise. Deux œuvres de Borduas ont orienté mon travail de façon particulière: le texte Projections libérantes, publié en 1949, ainsi que la peinture Composition 69, trouvée sur le chevalet de l’artiste à sa mort en 1960.

Composition 69 est une œuvre qui s’impose au premier regard: la quasi totalité de la toile est recouverte par de massifs empâtements noirs qui s’imbriquent jusqu’à en constituer un mur de charbon luisant. Au haut du mur, et à travers quelques fissures, on perçoit encore un peu de blanc, sorte de vide cosmique. Il me semble que ce soit vers cet infini que le peintre s’est projeté, qu’il s’est libéré pour et par l’éternité. D’ailleurs, Borduas termine par cette phrase le texte Projections libérantes: «Vous y avez mis fin [Borduas fait référence à son enseignement à l’École du meuble, école de laquelle il a été congédié l’année précédente.], soit! mais je défie aucun pouvoir d’en effacer le souvenir et l’exemple.» (Paul-Émile Borduas. Écrits I, édition critique par André-G Bourassa, Jean Fisette et Gilles Lapointe, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 1987, p 479.)

Pour ma composition, j’ai travaillé presque exclusivement avec des sons dits «multiphones». Ceux-ci sont obtenus par des doigtés et des pressions d’embouchures inusités. Le son est ainsi fractionné, fendu pourrait-on dire: il devient distortionné et «multiple». J’ai considéré ces phénomènes comme des blocs pouvant être superposés et juxtaposés, inspiré en-cela par les empâtements de Composition 69. Aussi, en musique, la sonorité des sons multiphones, au même titre que la couleur noire en peinture, peut apparaître en certains cas comme du «bruit», du brouillage d’information. Pourtant, à l’instar de Borduas, j’ai tenté de traiter cette matière de façon spécifique et je l’ai déployée selon une structure formelle rigoureuse; structure de laquelle se dégage, néanmoins, une certaine expressivité.

Je remercie l’ensemble Quasar pour son indispensable collaboration.

Projections libérantes a été composée à l’hiver et à l’été 2007 et a été créée le 6 avril 2008 par Quasar à La Chapelle à Montréal dans le cadre de la série Voyages Montréal / New York. Projections libérantes est une commande de l’ensemble Quasar avec le soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ).


Projections libérantes