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Fabien Lévy
L'air d'ailleurs bicinium
Durch, in memoriam Gérard Grisey
Fabien Lévy est né en décembre 1968 à Paris. Outre la pratique du piano (classique et jazz) et de l'orgue, il a étudié l'analyse, l'orchestration, l'histoire de la musique, l'harmonie et la composition électroacoustique et instrumentale. Il a ensuite travaillé avec Gérard Grisey et Marco Stroppa (compositon), Michaël Levinas (analyse), Gilles Leothaud (ethnomusicologie) et Marc-André Dalbavie (orchestration) au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Il enseigne actuellement à l'Université Columbia à New York.
Parallèlement à ses activités de compositeur, il est titulaire d'une thèse de doctorat en musicologie de l'EHESS sur le décalage entre complexité analytique et complexité perceptive en musique, et est l'auteur de plusieurs articles théoriques. Fabien Lévy a travaillé à l'Ircam, d'abord comme directeur artistique du projet Studio en ligne de l' Ircam en 1998, puis, de 1999 à 2001, comme conseiller pédagogique. Il a enseigné de 2004 à 2006 l'orchestration à la Hochschule für Musik Hanns-Eisler de Berlin.
Ses oeuvres, pour soliste, musique de chambre, orchestre ou électronique sont centrées actuellement sur un travail entre le tout et la partie, et sur des paradoxes de la perception, de l'analytique et de la grammatologie musicale. Elles ont été jouées en France, en Europe et aux Etats-Unis, notamment par des ensembles et des solistes internationaux tels que l'Orchestre symphonique de la radio de Berlin, l'Orchestre National de Toulouse, l'Ensemble Modern de Frankfurt, le London Sinfonietta, l'Itinéraire, TM+, le quatuor Habanera et le quatuor Arte. Les oeuvres instrumentales sont éditées en exclusivité chez Billaudot.
fabienlevy.net
Durch, in memoriam Gérard Grisey (1998)
pour quatuor de saxophones Dans le contrepoint de la musique occidentale de tradition écrite, la superposition des différentes voix est souvent liée à son écriture sur une partition. Un quatuor à cordes classique, par exemple, est généralement écrit à quatre voix, chacune des voix étant allouée à l'un des quatre instruments du quatuor. Au contraire, dans les musiques de tradition orale présentant un niveau élevé d'organisation contrapuntique, la contrainte de la partition disparaît, et les différentes voix se distribuent plus subtilement parmi les différents musiciens.
Le quatuor de saxophone est une formation assez particulière dans notre musique classique : les quatre instruments sont relativement homogènes (contrairement au quatuor à cordes), et chaque instrument présente une grande palette de couleurs et de modes de jeu différents. Cette formation se compose donc paradoxalement de quatre instruments assez semblables pouvant s'incarner chacun en une multitude d'instruments différents. Dans Durch , la musique n'est jamais la somme de ses parties. Selon le degré de focalisation de l'audition, émerge tout d'abord une figure homogène d'un seul tenant et en perpétuelle évolution. À un degré de focalisation plus fin, la figure devient une mosaïque constituée de petits éléments simples agencés régulièrement. Au niveau le plus fin, chacun de ces éléments atteint une identité propre, caractérisée par une granulation sonore autonome ciselée par l'écriture et les modes de jeu, et par une ligne mise en perspective par un contrepoint dense de couleurs, de rythmes et d'espace. Ce va et vient entre fusion et autonomisation des éléments se met alors au service d'une forme en progression continue, qui part de la lumière pour aboutir au souffle, comme l'indiquent le sens et les sonorités du titre.
Commande du quatuor Habanera, cette oeuvre est dédiée à la mémoire de Gérard Grisey, mon professeur de composition et " d'éthique musicale " pendant quatre ans au Conservatoire de Paris, disparu subitement en novembre 1998, pendant l'écriture de cette pièce.
L'air d'ailleurs-bicinium (1999)
pour saxophone alto, bande et traitement électronique
L'air d'ailleurs - bicinium a été composée au moment des manifestations contre l'exclusion des étrangers en France au printemps 1997. Alors que, dans la communauté artistique, nous étions fortement mobilisés, je m'interrogeais sur la part d'exclusion dont le milieu de la création est parfois aussi inconsciemment responsable (Attention, la réponse n'est pas simple !).
Cette pièce est un voyage entre deux notes (sol et lab), et entre un instrument et son double. Les sons de la bande sont tous issus du saxophone, même si leur traitement rappelle ici ou là certaines terres d'ailleurs. Cette composition est dédiée à Jean-Denis Michat. |