Jean-François Laporte
L'Expérience...
La plénitude du vide
L'Expérience du blanc
Procession
Le chant de l'inaudible

Créateur plutôt intuitif, Jean-François Laporte apprend la musique à travers l'expérimentation concrète de la matière sonore. Construisant sa démarche de composition sur l'écoute active de la réalité de chaque son, il vise à développer une compréhension des structures internes qui les animent. Cette approche particulière de la matière sonore permet au compositeur d'évoluer autant en musique instrumentale qu'en musique électroacoustique, explorant même l'univers des installations sonores. Cette approche l'a également amené depuis quatre ans à développer et fabriquer de nouveaux instruments de musique.

Depuis ses débuts en musique en 1993, le compositeur a écrit une cinquantaine d'oeuvres qui ont été jouées tant à Montréal qu'ailleurs au Canada, en Europe, au Japon et aux États-Unis. Le 25 novembre 2002, lors de la remise des Prix Opus, le compositeur a remporté le prix de la Découverte de l'année et celui du Compositeur de l'année. De plus, son oeuvre Tribal , pour orchestre d'instruments inventés a été proclamée Création de l'année. En octobre dernier le compositeur a remporté le Premier prix (musique électroacoustique) du concours international "Citta'di Udine" (Italie) avec Dans le ventre du dragon .

En octobre 2003, le compositeur présentait Le sang de la terre , oeuvre mixte   de 20 minutes composée durant le Cursus de composition et d'informatique musicale de L'IRCAM.   Au cours de la saison 2005-2006 plusieurs projets ont eu lieu, dont la création de son 2e quatuor à cordes par le quatuor Bozzini, la création d'une oeuvre de 45 minutes pour piano solo destinée à Play it again , une chorégraphie de de Danièle Desnoyers ainsi qu'une tournée japonaise.

L'Expérience... (2007)
pour saxophone baryton et traitement numérique

Jean-François Laporte veut explorer, dans cette nouvelle collaboration
initiée par Quasar, l’application de nouveaux outils technologiques aux
techniques de jeu inhabituelles qui caractérisent sa musique pour
instruments traditionnels. Le compositeur aimerait, en ce sens, procéder à
une fusion de deux domaines sur lesquels il s’est déjà largement penché,
mais restés jusqu’à ce jour bien distincts dans son répertoire : il n’avait
jusqu’ici appliqué ses connaissances en informatique musicales acquises à
l’Ircam en 2003 qu’à ses instruments inventés et non aux instruments
traditionnels. Veuillez noter qu’il ne s’agit pas ici d’une œuvre finie mais
bien d’un travail en cours.

Tout comme dans l’ensemble de ses œuvres, Jean-François Laporte aborde la
musique en manipulant lui-même les instruments utilisés : ce premier jet est
donc le résultat d’une étroite collaboration avec le saxophoniste Jean-Marc
Bouchard, avec qui il a déjà travaillé dans le cadre de plusieurs œuvres,
dont entre autres Le chant de l’inaudible pour quatuor de saxophone, La
plénitude du vide pour quatuor de saxophones et instruments inventés (qui
s’est méritée le prix opus de la création de l’année en 2005), et Une
expérience du blanc pour saxophone baryton solo. Les techniques de jeu
développées dans cette dernière œuvre sont ici exploitées à nouveau, mais
les possibilités sonores sont élargies par l’utilisation d’outils
informatiques qui se veulent à leur service. Il n’est pas question ici de «
confronter » un univers virtuel à un univers réel: l’objectif poursuivi est
avant tout de faire fusionner harmonieusement les sonorités très organiques
de l’écriture instrumentale aux sonorités très souvent dites « artificielles
» du traitement électronique.

L'Expérience... a été créée par Jean-Marc Bouchard dans le cadre duFestival international Montréal Nouvelles Musiques le 3 mars 2007.

L'expérience du blanc (2005)
Pour saxophone baryton solo

Créé par Jean-Marc Bouchard, le 18 décembre 2005 au Studio 12 de Radio-Canada à Montréal.

La plénitude du vide (2005)
Prix OPUS création de l'année
OEuvre-espace pour trompes-sax, totem-tu-yo, tu-yo graves, saxophones alto et baryton (60 min.)

À partir de « presque rien », construire une « totalité»; en libérant un lieu de ce qui l'habite, révéler toute sa grandeur; en encadrant un « vide », lui donner un sens. Avec très peu de moyens techniques, Jean-François Laporte fait une éloge, dans La plénitude du vide , à la grandeur du « petit », la richesse du «simple » : quelques tuyaux de cuivre et d'aluminium, des becs de saxophones, des membranes de latex et deux saxophones baryton aux clés fermées, le tout dans un discours continu où les unissons, prédominants, sont richement colorés de timbres, d'harmoniques et de battements naturels. Pourtant, de cette matière extrêmement rudimentaire, de ce « presque rien » mélodique, harmonique, rythmique, formel et instrumental, prend forme une oeuvre à grand déploiement qui occupe graduellement et naturellement l'Église Saint-Jean-Baptiste dans toute sa grandeur. Le son le plus simple serait-il susceptible d'animer l'espace le plus vaste? L'espace sonore et l'espace architectural laissent alors paraître une des particularités de leur rapport : le son semble avoir le pouvoir de révéler l'espace physique qu'il occupe plutôt que de le remplir - le vide demeure, mais se montre étonnamment plein...

Mais de quoi La plénitude du vide est-elle construite, si ce n'est de hauteurs et de rythmes? Tout simplement de timbres : Jean-François Laporte, ici comme dans l'ensemble de ses oeuvres, présente une musique de matière qui laisse le son évoluer naturellement, parfois dans des sentiers insoupçonnés, guidé par le souffle attentif des musiciens. Les instruments ayant tous une fondamentale fixe, l'apparente simplicité du discours global de l'oeuvre est donc soutenue par une extrême complexité de timbres et de modes de jeu : toute la matière sonore constituante de la pièce provenant presque exclusivement des générateurs (membranes et embouchures des différents instruments), les interprètes ont ici un défi de taille, alors qu'ils doivent laisser de côté la virtuosité mécanique habituelle (dextérité digitale) pour une virtuosité de l'écoute - appréhender puis diriger l'évolution du son à partir des subtilités du souffle.

Un tel discours place également les musiciens dans un rapport très particulier face au temps : le temps n'est pas ici compté, régi par une métrique quelconque - au contraire, la pulsation de base de la pièce étant établie par le rythme de la respiration, c'est plutôt le discours musical qui est ici soumis au temps, ce temps nécessaire à la mutation des timbres.   La plénitude du vide veut donc procéder à une forme de libération du temps et du son, voire même de la pensée, et ce, tant du côté de l'interprète que de l'auditeur : l'un comme l'autre est placé dans une situation d'écoute physique plutôt qu'intellectuelle, alors que toute mécanique ou tout jeu cérébral laisse place à la simple évolution naturelle des timbres. Avec cette libération, un vide est fait, un nouvel espace/temps est créé, entièrement disponible au déploiement du son.

Création : 28 février 2005, Église Saint-Jean-Baptiste, Montréal (Québec, Canada).

Procession (2002)
pour quatre tuyaux d'orgue roman

Hommage à un instrument, hommage à un espace, Procession veut révéler les richesses sonores propres à l'orgue roman de l'Abbaye de Royaumont en résonance avec l'acoustique d'un de ses espaces - l'ancien réfectoire.

En tant que créateur, je me suis laissé inspirer par l'énergie du lieu, tentant de lui offrir une cérémonie à l'image de sa portée spirituelle. L'orgue y retrouve une forme primaire, n'étant plus un instrument fixe à claviers mais un assemblage de différents tuyaux mobiles et indépendants : cinq musiciens, tous munis d'un tuyau qu'ils animent de leur propre souffle, envahissent le lieu d'harmonies qui échappent au jeu classique du clavier. Les « organistes », traditionnellement cachés derrière l'immensité de leur instrument, montrent leur visage humain en menant une procession vers les auditeurs. Progressivement, les sonorités se dispersent autour d'eux, s'emparant du lieu dans toute sa grandeur à la manière d'un souffle créateur.

La nouveauté des techniques de jeu appliquées à l'orgue roman - instrument pourtant si ancien - lui permettent de vivre une forme de renaissance. En effet, Procession permet à l'orgue de se libérer des contraintes qui le confinent habituellement à une immobilité inébranlable, tout en dévoilant la richesse harmonique cachée des tuyaux qui le constituent.   De leur lointain XIIème siècle, un lieu, un instrument, refont surface, laissant entrevoir une actualité indéniable.

Commande de l'Abbaye de Royaumont, ayant reçu l'appui financier du Conseil des Arts du Canada, Procession fut créée le 28 septembre 2002 à l'Abbaye de Royaumont.

Le chant de l'inaudible (2001)
pour quatuor de saxophones

Le chant de l'inaudible est né des suites d’une recherche intensives sur l’émission de sons multiphoniques au saxophone. Après en avoir enregistré environ 550, j’ai été amené à orienter mes recherches du coté des possibilités dans les nuances extrêmement douces.

Dans cette musique minimale ouvragée de phénomènes acoustiques (frottements, scintillement harmoniques, battements, etc.), le discours musical est celui du timbre en lent mouvement continu dont le rythme n’est pas au premier plan. Cette musique de couleur a pour motif l’évolution d’un flux très doux de souffle et de fréquences horizontales s’enroulant et se déroulant les unes aux autres. Pur déploiement d’une nappe de sons continu, la forme de l’oeuvre est celle de l’écoulement progressif, de la superposition, puis de l’évaporation silencieuse. Avec cette oeuvre j’avais envie de présenter le quatuor de saxophone sous un autre jour.

Le titre fait surtout référence à la notion de ténuité sonore et au caractère silencieux de l’oeuvre ainsi qu’à l’idée d’un chant ressortant de cette masse sonore à peine audible. Dans cet univers sonore, l’oreille doit s’éveiller afin de saisir les subtilités timbrales qui y sont orchestrées. Un souffle à peine audible prend forme et se multiplie puis progressivement, au rythme des nappes de souffle colorées s’entremêlant et s’enchaînant, de véritable hauteurs sonores commencent a résonner dans la masse soufflée. L’on se retrouve petit à petit dans un univers acoustique rempli de scintillements harmoniques et de battements résultant de la rencontre des différentes hauteurs produites par les quatre saxophones.

Dans l'interprétation de ce type de musique, l’écoute est un sens fondamental : le musicien doit être constamment attentif au son qu’il génère afin de le conduire vers les qualités timbrales recherchées. Cette démarche permet d’intégrer dans le discours musical certaines sonorités qualifiées d’impuretés (sifflements, parasites d’embouchures, salive, etc.).

Cette oeuvre est dédiée aux membres du quatuor de saxophone Quasar afin de leur témoigner ma reconnaissance pour leur dévouement exemplaire. Sans cette implication, le Chant de l’inaudible n’aurait jamais vu le jour sous cette forme. L’oeuvre a reçu l’appui financier du Conseil des arts du Canada.

Jean-François Laporte

 

 

La plénitude du vide

Procession 1

Procession 2

Le Chant de l'inaudible