Nicolas GiIbert
Essai sur l'ennui
Wei Fanghua seule au Parc des Paysages Assemblés

Nicolas Gilbert (*1979) a étudié la composition et l’analyse au Conservatoire de musique de Montréal auprès des compositeurs Michel Gonneville et Serge Provost. Il a également reçu une formation en langue mandarine à l’Université Nankai (Tianjin, Chine) et en langue russe à l’Université d’État de St-Pétersbourg (Russie).

Depuis le tout début de sa carrière, Nicolas Gilbert a entretenu des rapports privilégiés avec certains des meilleurs ensembles de musique contemporaine canadiens tels que l’Ensemble Contemporain de Montréal et le Trio Fibonacci qui lui ont chacun commandé plusieurs œuvres. Parmi les autres commandes qu’il a reçues, mentionnons des œuvres pour le quatuor de saxophones Quasar, la Société Codes d’accès, l’ensemble Alizé, l’ensemble Constantinople, Bradyworks, l’Orchestre Symphonique de Vancouver, Continuum (Toronto), Kaida (Amsterdam), et le quatuor Boehm (Ekaterinbourg). Il a également composé des œuvres pour des solistes renommés tels que le violoncelliste Benjamin Carat (Lyon), la soprano Janice Jackson (Halifax) et le clarinettiste Thomas Piercy (New-York). Ses œuvres ont été reprises par plusieurs ensembles et solistes dont l’Orchestre Symphonique National d’Estonie, le Toronto Symphony Youth Orchestra, le Duo Kovalis, et l’International Contemporary Ensemble (Chicago).

Son catalogue comprend une trentaine d’œuvres de musique de chambre, de musique vocale et de musique orchestrale qui ont été entendues dans le cadre de séries de concerts et de festivals à Montréal, Toronto, Chicago, Mexico, Paris, Lyon, Milan, Berlin, Belgrade, Pékin, Shanghai ainsi que dans plusieurs autres villes d’Amérique, d’Europe et d’Asie. Depuis 2000, il a reçu de nombreuses bourses des conseils des arts du Québec et du Canada ainsi que du Fonds Québécois de Recherche sur la Société et la Culture et a été lauréat à trois reprises du Concours des jeunes  compositeurs de la SOCAN.

Nicolas Gilbert a été compositeur résident à la Chapelle historique du Bon-Pasteur de Montréal de 2003 à 2005 et président de la société de concerts Codes d’accès de 2002 à 2004. Il prépare actuellement un doctorat de composition sous la direction du compositeur John Rea, à l’Université McGill. Durant la saison 2005-2006, il effectue une résidence de composition à GRAME (Lyon) en vue d’une création pour violoncelle et dispositif électronique (commande GRAME-CALQ).

Essai sur l'ennui (2003)
pour saxophone baryton solo

Cette pièce fait partie d’un cycle d’essais musicaux. Elle suit l’Essai sur la séduction, l’Essai sur le dLa pièce se présente en quelque sorte comme un exercice de concentration et d’écoute pour l’auditeur. Le matériau musical utilisé est extrêmement minimal et son développement est lent et continu. L’attention doit être portée sur les détails de ce développement, le matériau de base devenant un personnage qu’on suit à travers différentes situations et différents états, dans l’espoir d’une dénouement quelconque.

Essai sur l'ennui a été créé par Jean-Marc Bouchard le 12 décembre 2003 à la Chapelle historique du Bon-Pasteur (Montréal).

Wei Fanghua, seule, au Parc des Paysages Assemblés pour quatuor de saxophones et voix de soprano

J’ai écrit cette pièce avant mon premier séjour en Chine. À l’époque où je ne voyais le pays de mes rêves que les yeux fermés. Cette image de la Chine, peuplée de princesses et de beaux grands drapeaux rouges, je ne l’ai jamais vraiment retrouvée. Mais il en reste sans doute quelque chose dans ma Chine d’aujourd’hui, la vraie, peut-être. Je me souviens d’un jeune peintre que j’ai rencontré là-bas. Il vivait dans une minuscule pièce de béton où s’entassaient toiles abandonnées, brocantes en tous genres destinées à faire partie d’une éventuelle sculpture, et une quantité étonnante de petites figurines d’argile. Il m’a un jour confié que son plus grand rêve n’était pas de s’enfuir au Canada, comme plusieurs, mais de devenir le plus habile dresseur d’oiseaux de la Chine. Lorsque je lui ai demandé pourquoi un si curieux rêve, il m’a répondu en ces termes : « Je veux apprendre aux pinsons de la Colline Parfumée à chanter la Turangalila-Symphonie de Messiean. Messiaen a d’abord conçu cette œuvre pour qu’elle soit interprétée par des oiseaux, ce n’est que par dépit qu’il en a fait une œuvre orchestrale. Ça s’entend. » Moi, je crois qu’il y arrivera. Il est très près des oiseaux et les oiseaux, très près de lui. Il y a encore du rêve en Chine. Certains disent qu’il s’y trouve certaines choses qu’un regard lucide ne peut supporter. Or, je suis tout sauf lucide, tout le monde me le dit, mais il m’arrive parfois de baisser le regard.

Wei Fanghua a été créé par Quasar et la soprano Émilie Laforest, le 25 janvier 2002, dans le cadre du concert L'infini présent présenté au Studio du Musée Juste pour rire, à Montréal.