Michel Frigon
Pim'po

Geyser Ghetto

Dès son plus jeune âge, Michel manifeste un intérêt pour la sonorité des objets qui l'entourent. À douze ans, au lieu de pratiquer son piano, il explore les entrailles de l'instrument à la recherche de timbres nouveaux. Après des études plus sérieuses en piano classique et jazz, il décide d'entreprendre une formation en composition à l'Université de Montréal où il étudiera avec Michel Longtin, Francis Dhomont et Marcelle Deschênes. Durant cette période, Codes d'accès, l'Ensemble Contemporain de Montréal, l'Orchestre de l'Université de Montréal et la flûtiste Sonia Duquette lui commandent des oeuvres dont deux seront primées. Cherchant à se définir comme créateur, Michel exploite les différentes facettes de sa personnalité musicale. Sa musique est alors très narrative et combine l'écriture instrumentale, l'électroacoustique et l'improvisation.

Ses intentions musicales se précisent après 1997 avec Parfum de Scithase pour voix et piano, Exxë pour piano et bande et Téméraire entretien pour sept musiciens. Il brise volontairement le lyrisme qui caractérisait ses premières pièces pour se rapprocher d'une expression plus abstraite et plus proche de la vie qu'il observe. Il est sensible aux comportements des êtres, voyant en eux une source inépuisable de gestes, d'attitudes et de caractères. Il s'inspire également des toiles de Nicolas De Staël, de Paul Heron ainsi que des montages de Jean Tinguely et d'Alexandre Calder. L'écriture qu'il développe en ce moment semble échapper à toute métrique perceptible. Des objets musicaux aux comportements organiques se développent, se transforment, envahissent l'espace et disparaissent.

De 1993 à 1995, Michel Frigon occupe les postes de vice-président et de président du Cercle de composition de l'université de Montréal. Il est également responsable de la programmation chez Codes d'accès de 1998 à 2000. Sa musique fut interprétée lors de nombreux festivals et concerts, en Belgique, en France, aux Pays-Bas, en Slovaquie, en Allemagne, en Irlande, au Mexique et partout au Canada. Il écrit occasionnellement pour le théâtre (Ensemble Sauvage Public) et pour la danse (Van Grimde Corps Secrets). Il est, depuis l'automne 2004, directeur artistique d'Innovations en concert.

Pim'po
pour quatuor de saxophones (AATB) et traitement numérique

Pim’po c’est d’abord une onomatopée illustrant un mouvement composé d’un saut et d’une chute. Lorsqu’on l’énonce, on remarque qu’il est constitué d’une attaque propulsante, d’une légère suspension (sur le “m”) et d’une retombée subite. Tel un germe, sa structure est complète et son potentiel explosif. Je trouve particulièrement intéressant l’instant de suspension compris entre le saut et la chute. Il me rappelle l’état d’apesanteur ressenti lorsque la balançoire arrive à son apogée et que les chaînes deviennent molles faute de force centrifuge et de gravité, juste avant que la terre nous ramène vers elle. Dans un même ordre d’idées, je fais écho à un passage de La terre sous ses pieds de Salman Rushdie où “Partout dans la ville, ceux qui faisaient voler un cerf-volant, terrifiés, avaient lâché leur fil. Les cieux étaient remplis de cerfs-volants mourants, de cerfs-volants fracassés dans des collisions en plein ciel avec d’autres cerfs-volants, de cerfs-volants déchirés en lambeaux par des vents tourbillonnants et la folie dionysiaque de leur soudaine liberté, cette liberté fatale acquise au beau milieu de la catastrophe et reprise, presque immédiatement, par l’attraction inexorable de la gravité de la terre qui se fissurait en bas.” 1 Pim’po est donc un geste de l’air, inopiné comme une bourrasque, il nous chahute ou nous transporte par surprise pour nous déstabiliser.

Michel Frigon

1. La terre sous ses pieds, Salman Rushdie, coll. Feux croisés, PLON, Angleterre, 1999, p. 208.

Pim'po a été commandé par Quasar avec le soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec et a été créé en janvier 2003 à l'Espace chorégraphique Jean-Pierre Perrault (Montréal) dans le cadre du concert Électrochocs. Pim'po a été en nomination pour le prix OPUS Meilleure création de l'année pour la saison 2002-2003.

Geyser Ghetto (2005)
pour quatuor de saxophones

Avec Geyser ghetto j'ai voulu prendre la pression de la terre comme celle d'un être vivant pour mesurer le stress que nous lui faisons subir. C'est donc un voyage métaphorique qui vous conduira du centre à la surface de la terre sous la pression du magma pour ensuite être propulsé dans l'atmosphère par la bouche d'un geyser. Dans le premier mouvement, le ténor, poussé par l'activité motivique environante, s'embale et entre en fusion. Le quatuor se divise alors en deux couche glissant l'une sur l'autre comme les plaques techtoniques sur le magma. Les gaz qui se forment dans le deuxième mouvement augmentent la pression dans les cavitées sous-terraines. L'activité sysmique atteindra son paroxisme au milieu du dernier mouvement où une longue progression basée sur une répétition de petits traits fera monter la tension jusqu'à l'éclatement.

Commande de Quasar, la composition de Geyser Ghetto a reçu le soutien financier du Conseil des arts et des lettres du Québec.

 

 

Pim'po

Geyser Ghetto


Geyser Ghetto