Piotr Grella-Mozejko
Widdershins

Piotr Grella-Mozejko, est né en Pologne et vit au Canada depuis 1989. Il détient une maîtrise en composition de l’Université de l’Alberta. En 2008, il obtient un Ph.D. en Litterature Comparée grâce à un ouvrage sur Tadeusz Peiper, un poète avant-gardiste polonais. Il compte parmi ses professeurs de composition Alfred Joel Fisher, Henry Klumpenhouwer et, en Pologne, Edward Boguslawski et Boguslaw Schaeffer.  Plusieurs compositions de Grella-Mozejko sont le résultat de commandes qui lui furent addressees par la Fondation des Arts de l’Alberta, le Conseil des Arts du Canada, la CBC/SRC, le Canadian Polish Congress, le Conversatorium International de la Musique pour l’Orgue, l’Ensemble MW2, le Festival de Flandres, le Ministère de la Culture et des Arts de la République de Pologne, ainsi que par la Radio polonaise.  Sa musique a été interpretée par les ensembles canadiens et internationaux tells que la Capella Cracoviensis, l’Orchestre de Chambre d’Edmonton, l’Orchestre Symphonique d’Edmonton, l’Orchestre Symphonique de Regina, Symphony Nova Scotia, l’Orchestre de jeunes d’Edmonton et celui de Saskatoon, l’Orchestre de la Radio Polonaise (Varsovie), l’Orchestre de Chambre Wilfrid Laurier, l’Orchestre Philharmonique de Wroclaw, Ensembles ARA et MW2, les Quatuors Penderecki, Szymanowski, Bozzini et Reiner, et plusieurs autres.

Widdershins (le monde merveilleux du Marquis de Sade)
Pour quatuor de saxophones et dispositif électronique

L’œuvrea été écrite en décembre 2009 sur commande du grand quatuor de saxophones montréalais Quasar. Ladite commande a été rendue possible grâce à une bourse de la Fondation pour les Arts de l’Alberta. L’œuvre est dédiée audit quatuor, en gage de reconnaissance et en hommage à l’incroyable maîtrise artistique et technique dont il a fait preuve.
La signification littérale de l’adverbe widdershins signifie « dans le sens inverse de la trajectoire du Soleil ». Traditionnellement, un tel mouvement fut interprété comme malchanceux, renforçant la puis­sance de l’Obscurité, et le mot fut souvent utilisé pour jeter des sorts funestes. Paradoxalement, on l’em­ploie aussi pour invoquer un « mouvement contraire » — contraire à la « marche courante des affaires » — afin de contrecarrer le Mal dominant, la magie noire, ou simplement pour tenter de mettre un terme à une période d’infortune et de faire revenir à soi la Chance.
Voilà la prémisse de l’œuvre : l’opposition entre la sphère linguistique et le système de connotations du mot widdershins. Tout cela s’éclaire, du moins est-on en droit de l’espérer, grâce au sous-titre qui réfère à la vie atypique et tragique du marquis Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814), homme dé­chiré entre l’ombre et la lumière, l’abattement et l’espoir, l’extrême méchanceté et la douce bien­veil­lance — comme tant d’entre nous, et comme la réalité même, toujours.
Je crois profondément que deux forces intérieures nous animent, comme elles animent le cosmos dont nous ne sommes qu’un reflet : l’une constructive, l’autre destructrice. Apprendre à concilier en soi ces deux forces est un défi perpétuel. Cette tension est omniprésente dans la pièce, laquelle, du moins au début, semble — et c’est délibéré — n’être jamais ni entièrement libre d’affirmer son émancipation vitale, ni tout à fait soumise à l’absolue oppression. Exacerbée par la trame virtuelle, la musique elle-même donne sans doute l’impression d’une mixture psychotique d’agressions impitoyables et cruelles, de dou­leur, de protestations, de désespoir – de même que d’un plaisir irrépressible et bizarre. Mais ce plaisir n’est-il que bizarre ? N’y a-t-il donc aucune lumière ?
            — Piotr Grella-Mozejko, janvier 2010

 


Widdershins
Edmonton 2010

1ère montréalaise, le 5 mai 2010.